Tiens, et si on faisait du FN un parti comme un autre… Sans blague ?

Tiens, et si on faisait du FN un parti comme un autre... Sans blague ?

Je lis, j’entends, de très nombreux appels à l’abstention, au vote blanc, quand ce n’est pas directement des appels à voter Le Pen comme signe de protestation ou d’insoumission au système.
Voter est un acte libre, que chacun fait en son âme et conscience, et personne n’a à juger le choix des uns(es) et des autres. C’est aussi une responsabilité qui ne va pas sans conséquence. Elle doit être réfléchi à l’aune des faits, au-delà des rancœurs personnelles et des envies de montrer notre mécontentement.
Nous sommes face à une crise. N’ayant pas plus de réponse ou de pouvoir divinatoire que quiconque, je ne peux que raisonner selon mes connaissances des situations de crises, de l’adaptation, de mes expéditions qui m’ont offert la possibilité de rencontrer bien des civilisations, des systèmes politiques, des situations de droits humains bafoués ou protégés.
Il y a les faits. Au second tour des présidentielles française 2017, Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont les deux candidats. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou non, c’est une réalité. En appeler au déni de démocratie face à ce résultat est aussi malhonnête que dangereux.
Malhonnête, parce que si la République Française est loin d’être un exemple idéal de démocratie (absence de vrai référendum, non reconnaissance du vote blanc, …), l’élection présidentielle est démocratique : 11 candidats sur la ligne de départ, le vote de chaque personne qui désire s’exprimer, 2 finalistes. Accuser la presse, les uns et les autres d’être « responsable » du résultat est nier le simple fait que ce vote est celui de l’ensemble des citoyens qui ont mis leur bulletin dans l’urne en leurs âme et conscience, et en y engageant leur responsabilité.
Dangereux, parce que considérer que les résultats sont injustes et qu’il est normal de ne pas les respecter lorsque « son » candidat n’a pas franchis la ligne en tête est une méthode régulièrement employée dans les pays qui sont -ou ont sombré- dans les dictatures. Je sais que d’aucun estime qu’une dictature éclairée vaudrait mieux qu’une démocratie malade. Je combattrai jusqu’au bout cette idée. Il m’a suffi de vivre dans certaines d’entre elles pour savoir combien aucune dictature n’offre réellement de chance à l’ensemble des citoyens, mais toujours, sans aucune exception, à une élite qui jugule le reste de la population. « Pour son bien » !
Reste donc Macron et Le Pen. Le Pen et Macron. Tellement persuadé que Le Pen ne passera pas, les anti-Macron s’en donne à cœur joie. Miroir inversé de 2002, il est plus de critiques, d’attaques contre Macron que contre Le Pen.
Que Macron ne soit pas votre tasse de thé, je peux le comprendre. Il est tout ce que vous détestez ? Bon. Mais il est un fait. Le Front National, qui vient de nommer président un négationniste, dont nombre de ses membres sont issus du fascisme, est un parti fondamentalement xénophobe, dont les buts ne sont pas la France au Français, mais la France aux « bons » français : ceux qu’ils détermineront comme tel, comme l’on fait toujours les partis extrémistes lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir. Marine Le Pen devra gouverner avec ce parti, ces gens, ces amis de l’enfermement et de la peur. C’est pour ce partis que certain appel à voter, par simple protestation, ou en espérant que du chaos naitra une nouvelle société meilleure…
Macron n’a peut-être pas la politique qui nous, vous, convient. Il n’en reste pas moins un démocrate. Le risque que son élection porte Le Pen au pouvoir dans cinq ans -l’argument le plus courant aujourd’hui-, vaut surement mieux que le risque d’une Le Pen au pouvoir tout de suite. Parce qu’en cinq ans, il va se passer de nombreuses choses. Et pourquoi pas la possibilité de discuter, d’infléchir, de faire changer certains points d’un programme qui ne convient pas à tous.
Alors c’est vrai, si vous n’avez pas voté pour eux, ce n’est pas votre responsabilité que Le Pen et Macron soit au second tour. Ce n’est pas votre responsabilité que Le Pen représente aujourd’hui 21% d’adhésion. C’est forcément, toujours, celle des autres, n’est-ce pas ? Mais si Le Pen est Présidente dimanche prochain, ce sera bien votre responsabilité : a celles et ceux qui auront votés pour elle bien entendu. Et à celles et ceux qui se seront abstenus ou auront voté blanc (qui rappelons le, actuellement, n’est pas comptabilisé, d’aucune manière). Car il n’est qu’une seule et unique projection pour que Le Pen soit élue : que les abstentions soient en nombres suffisamment conséquent pour rétablir la balance avec Macron. Alors là, oui, la responsabilité de chacun(e) est engagée.
Si Macron passe avec 55% ou 60% des voix, il sera élu. Mais alors, Le Pen pourra toujours se targuer de ses 40%, 45% d’électeur. Car l’histoire ne retiendra qu’un seul chiffre : ni celui des blancs, ni celui des abstentions. Il ne retiendra que ces 40% ! Ils donnent une légitimité à celle qui les auras obtenus, ils font parler d’eux, et nous savons que Le Pen n’aura de cesse que de les répéter. S’il est une chose qui peut mettre Le Pen au pouvoir dans cinq ans -sinon dès dimanche- ce serait un chiffre au-delà de 40% qui dira tout simplement : Le Front National est un parti comme les autres ; Le Pen serait une Présidente comme les autres.
Et l’ensemble des pays n’entendront qu’une chose : la France est xénophobe (Bien qu’elle ne le soit pas) … Est-ce bien cette image que nous sommes prêt à montrer au monde ?
Dans une crise, c’est la situation présente qu’il faut considérer. Pas celle que nous aurions voulu avoir ; Puis, une fois le climax de la crise dépassé, construire pour infléchir dans le sens qui nous parait le meilleur. Aujourd’hui, cette crise nous demande non seulement de ne pas élire Le Pen, mais de ne pas non plus lui donner le pouvoir de camper du haut de ses 40% une image de femme d’Etat. Chaque pourcent en plus affirmera sa capacité à compter dans la politique française. Mais chaque pourcent en plus pour Macron lui dira qu’il n’a pas reçu un vote d’adhésion, mais bien de protestation et de barrage, qui l’obligera, j’en suis persuadé, à en tenir compte durant son quinquennat.
Et c’est pour ça que je voterai Macron, sans adhérer à l’ensemble de son programme. Parce que je ne veux jamais voir Le Pen se targuer d’un gros score dans un pays que j’aime et qui est loin d’être xénophobe ; Parce que face à la chute des deux systèmes traditionnels, je suis prêt à donner ses chances à une personne qui a encore ses preuves à faire mais qui peut nous surprendre ;
Parce que si je ne me considère pas plus que vous responsable de la montée du FN, je SERAI conjointement responsable de son score élevé, ou pire de son élection, si je m’abstiens ou que je ne vote pas Macron.

Pour avoir quelques idées supplémentaires autours de la question voir :Challenge 03.05.2017 : comment Le Pen pourrait s’emparer du pouvoir total. Certes hypothétique, mais intéressant.

This entry was posted in Et la pondération, bordel ? and tagged , , , . Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>