
French:
Le Rwanda est un pays surprenant. Un mélange de futurisme et de vieille charrette désossée. Il est le premier pays au monde à avoir interdit les sacs plastiques dans un souci d’environnement, son parlement est pour une très large majorité féminin et les évolutions en infrastructures sont rapides. Les routes principales sont goudronnées et les directions bien indiquées. L’électricité est plutôt stable (où il y en a) et le réseau d’eau potable parmi les meilleurs d’Afrique. L’ambition de faire de ce pays le « Singapour » de l’Afrique est en marche, pour le meilleur et pour le pire. Car en marchant, loin des grandes villes et des secteurs touristiques, j’ai aussi eu l’occasion de côtoyer l’autre Rwanda, ces plus de 50% de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, pour qui ces préoccupations de grandeur sont encore bien lointaines. Là, électricité, facilités et structures n’ont pas encore franchi les collines, la quantité de maladies et d’enfants très jeunes est inquiétantes et les « Mudzungu, donnes-moi, donnes-moi » redeviennent la norme dans chaque bouche. Cela enlève bien entendu une partie du plaisir que j’ai à
marcher dans les paysages grandioses de ce « pays des milles collines », dont toutes sont aussi belles les unes que les autres. Fertiles et souvent bien cultivée –il y a ici des champs en étage, absent du Burundi par exemple- les différentes cultures égayent d’un patchwork coloré le paysages. Thé, café, riz, blé, palmiers, bananiers et j’en passe, elles font partie de la richesse brut du pays qui dépend encore à près de 98% de son agriculture. Mais pour le marcheur –encore très rares ici et qui étonne sans fin les habitants – les collines qu’elles soient vraiment milles ou non, signifient aussi que les chemins ne se déclinent qu’en descentes et en montées, la notion de plat est absente du vocabulaire. Une marche pénible donc, mais largement compensée par la beauté splendide du décor environnent. D’autant plus que la sensation de sécurité est réelle dans ce pays où je progresse sans aucune arrière-pensée, avec un sommeil tranquille sous ma tente -posée sur n’importe quelle colline- jamais dérangé.
Du Burundi, j’ai ainsi évolué dans une forêt primaire tropicale d’altitude (forêt de Nyungwe, entre 1600 et 2900 mètres), dans des collines cultivées puis au bord du lac Kivu, dont la splendeur visuelle n’est pas le seul atout puisque l’espoir du pays réside dans ses gaz dissous (l’un des trois seuls lacs au monde connu pour cela) qui pourraient procurer des siècles d’électricité au Rwanda et à la RDC.
Mais le plus surprenant pour moi ce sont, dans presque chaque village, les nombreux « mémoriaux » au Génocide de 1994 et, en d’autres endroits, ces prisonniers qui travaillent aux champs vêtus de rose (à la différence des autres vêtu d’orange) qui signifie qu’ils ont été condamné pour acte de génocide. Car voilà moins de 18 ans que des centaines de milliers de Rwandais Tutsi étaient massacrés sans scrupules. Des sites « pour la mémoire », afin que personne ici n’oublie ces heures tragiques. Et il est vrai qu’à voir la gaîté qui règne un peu partout, l’interaction entre les populations qui doivent par obligation se réunir tous les derniers samedi matin du mois, la vie qui éclate sur chaque colline, on peine à croire que de telles actes aient pu se produire. Et pour le plus de 50% de la population qui a moins de 20 ans, cela serait peut-être facile d’oublier sans ces sites de mémoire.
Pour les autres, les plus anciens, la phrase d’un père de famille à Gisovu résume bien la situation « Quand je marche dans mon village ou que je prends un gros bus, je regarde les gens de mon âge, et je sais que parmi eux, systématiquement, il y en a qui ont perdu de nombreuses familles et d’autres qui ont soutenu, voir participé au massacre. Mais quoi ? Nous devons bien vivre ensemble n’est-ce pas ? Alors on parle comme si de rien n’était. Et la vie continue ! ». Pour moi qui regarde ces mêmes personnes, avec ces mêmes idées, je ne sais pas comment chacun peut aujourd’hui vivre si aisément avec ces notions en tête. Je suis épaté par ce qui doit être de la philosophie puisqu’elle permet à la vie de reprendre ses droits et d’espérer en un avenir meilleur. Un avenir auquel œuvre le président Kagamé, un dictateur éclairé qui semble réellement avoir le bien de son peuple à cœur. En espérant qu’il ne tombe jamais, comme d’autres avant lui, du côté obscure de la force…

Les sources Dr Kandt et les marais dont elles naissent/Dr Kandt sources and the swamps they come from
Et le Nil, et mes sources dans tout cela ? Et bien je l’ai ai « trouvées » (c’est plus facile avec un point gps préalable).
Dans cette même forêt de Nyungwe se trouve justement une crête de séparation du bassin du Congo et du bassin du Nil et, proche de cette crête, les deux sources Rwandaises annoncées : celle découverte en 1898 par le dr. Kandt et, à moins de 5km à vol d’oiseau, les nouvelles sources découvertes en 2006 par une expédition sud-africaine. La forêt de Nyungwe étant un parc national très protégé, j’ai dû accepter pour les 3-4 jours à la traverser d’être accompagné par un guide. Cela n’a pas facilité les choses puisque les sources n’étant pas
dans les sites habituellement visités, il a fallu convaincre de la nécessité de rejoindre ces sites importants pour moi. Quelles difficultés d’ailleurs, dans cette très dense forêt, pour repérer les très minces filets d’eaux, parfois de simple
gouille, débutant une minuscule rivière qui bientôt deviendra le Nil. Quelles sont ainsi les « vrais » sources, entre les deux annoncées ? Sans parler que, traversant à même la ligne de crête, j’ai eu l’occasion d’observer, dans un rayon d’environ 10 kilomètres, Deux autres départs de ruisseaux que ne citent ni les expéditions précédentes, ni les mauvaises cartes des lieux. Loin de moi l’idée d’annoncer à mon tour de nouvelles sources ! Mais l’ensemble du secteur me paraît encore sujet à beaucoup de travaux pour être persuadé à quelques kilomètres, voir centaines de mètres près, que cette gouille plus que celle-là est la plus éloignée dont les eaux, quelques 7000 km plus loin, se jettent dans la Méditerranée. Le réseau hydrologique est d’une telle complexité, avec des passages souterrains de certaines rivières, des pertes dans des marais pour ressortir on ne sait où, que je me persuade, entre celles du Burundi et du Rwanda, que le problème n’est pas dans un point stricto sensu, mais dans un imaginaire qui nous permet de continuer à rêver à cette quête millénaire que représentent les sources du Nil.
Ce post est déjà trop long, je reviendrai une autre fois sur la perception des sources par la population. Je me dirige maintenant vers l’Ouganda et les sources les plus hautes, dans les Monts Ruwenzori, puis les deux réservoirs principaux du Nil, les lacs Victoria et Albert, ce qui terminera cette partie de l’aventure dans le haut bassin du Nil, vers ces sources et sur les pistes aux esclaves… Mais avant d’arriver au bout, il me reste quelques bons kilomètres de marche !
English:
The Sources of Rwanda
Rwanda is a surprising country mixing old wrecks and the futuristic. The parliament holds a majority of women and it is one of the first countries in the world to have banned plastic bags to preserve the environment. There is a feel of rapid infrastructure evolution with, as an example, good main roads with clear signals. When there is electricity the power is stable and the drinking water distribution is one of the best in Africa. Everything is done to fulfill the ambition of this country to become, for better and for worse, the « Singapore » of Africa. Walking away from cities and tourist zones I was able to meet the other side of Rwanda, the more than 50% who live below the poverty level and for who these dreams of grandeur are remote considerations. Structures, electricity and facilities are on the other side of the hills and the proportion of infant and children who are ill is rather worrying. Calls of « Give Mudzungu! Give, give me » have become the norm again which of course takes away a big part of the pleasure I get from walking in the magnificent sceneries of this country of the « thousand hills », each as beautiful as the other. This fertile and often cultivated terrain shows terraced fields, which is something I have not seen in Burundi and the
different cultures create a colourful patchwork. Tea, coffee, rice, wheat, date, banana trees… All these are part of the brut assets of this country which relies for 98% on its agriculture. For the trekker – a rare species that surprises locals no end – the hills, whether there is a thousand of them or not, mean that the roads are a continuous up and down and that you can erase « flat » from your vocabulary. It is a tiring walk but well rewarded by the splendours around. You also feel very safe here so I walk freely without worry and can sleep in peace in my tent which I raise where the fancy takes me. No-one disturbs me.
From Burundi, I walked in a primary tropical forest (the forest ofNyungwe at an altitude between 1600 and 2900 meters), in the cultivated hillsof the North then at the edge of the Kivu lake. This lake which is beautiful is
also one of the three lakes in the world to contain dissolved methane. Thisrichness could bring centuries of electricity to Rwanda and the Congo Republic.
Most surprising for me though are the memorials of the 1994 genocide which you can find in almost every village and also the prisoners wearing pink (when others wear orange) that you can see working in the fields. Pink means
they were condemned for acts of genocide. It is now less than 18 years that hundreds of thousands of Rwanda Tutsi were massacred without any scruple. Memorials so that no-one forgets these tragic times. It is true that it is hard to
believe such atrocities happened here when in most places there is an overall feel of happiness , when life pours out of every hill and when the different populations meet every last Saturday of the month as an obligation. But more than 50% of the population is less than 20 and would probably easily forget without these memorials. As for the others, the old timers, a family man gave a fair view of the situation « When I walk in my village or when I take a
large bus, I look at the people of my age and I know that amongst them, there will systematically be some who have lost many members of their family and some who have supported or even participated in the massacre. Still we must all live together don’t we? So we talk as if nothing had happened and so life must go on! ». On my side, watching these very same people and thinking of what happened, I don’t know how they can go about their lives with these thoughts in mind. I am dumbfounded by this philosophical attitude which enables life to
flow again and brings hope of a better future. A future for which President Kagamé is totally dedicated to. President
Kamagé seems an enlightened dictator who appears to truly have his people at heart. Let us hope he will never fall, like so many before him, on the dark side of the Force…
With all that, what about the Nile? What about my sources? Well I « found » them (thanks to the help of a GPS spot). In the very forest of Nyungwe there is a crest that separates the Congo basin from the basin of the Nile. Close to this crest are the two announced Rwanda sources; the one discovered in 1898 by Dr. Kandt and, and at a bird throw of 5kms, the new sources discovered in 2006 by a south-African expedition. The Nyungwe forest being a highly protected national park, I had to accept the company of a guide. It didn’t help much since the sources being away from ordinary touristic spots I had a job to convince them of coming with me to these spots which are crucial to me. It wasn’t easy either in this very dense forest to track the very thin rivulets of water, sometimes just drippings, which will soon grow to become the Nile. Which of the two are the « real » sources of the Nile? When I crossed the crest line, I could also see in a radius of approximately 10 km, two other sources that are not mentioned by previous expeditions or on the poor maps of the area.
Far from me the idea of proclaiming to have found yet another two sources. The whole area however seems to me so very open for research, that I can’t be convinced that the waters of this official source or this other one are the ones which, some 7000km further, enter the Mediterranean sea. The hydrological network is so complex here, with some of the rivers going underground to finish God knows where, that the problem is not about whether the sources are located on a spot in Burundi or Rwanda but lies rather in the imaginary. And so we can keep on dreaming about this timeless quest of finding the sources of the Nile.
This post is rather too long so I will come back on the subject of how the local perceive the sources of the Nile another time. I am now on my way to Uganda to find higher sources in the Ruwenzori Mountains, then to see lake Victoria and lake Albert, the two main reservoirs of the Nile. This should close the chapter concerning the high basins of the Nile, the sources and the slave route…. But there are still a few kilometers to walk before the end is reached!











