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À partir de quand fait-il trop chaud pour vivre ? (Les impacts de la chaleur, 2 )

Dans les grandes lignes :

=> On ne connait pas vraiment à ce jour les températures mortelles et les données sont extrapolées, car nous manquons énormément de données. Attention aux effets d’annonce et non, on ne risque pas toutes/tous de mourir à partir d’une certaine température prédéterminée.

=> Cependant, la chaleur, surtout corrélée à une très forte ou très faible humidité est bien dangereuses pour nos organismes, provoquant plus particulièrement des lésons à long terme et des fatigues profondes et la différence est énorme entre une personne en bonne santé et les personnes souffrant de pathologie, sans parler d’autres espèces animales très à risque.

=> Tout faire pour réduire les risques de fortes chaleurs dans le futur est donc une nécessité absolue.



C’est la grande question actuelle que l’on me pose tous les jours : à quelle température on meurt ? La réponse est loin d’être simple et surtout inconnue, contrairement aux affirmations que je lis trop souvent. D’abord, il faut savoir de QUOI, et de QUI on parle. Entre une personne jeune, en bonne santé physique et mentale et qui respecte les bons comportements en cas de forte chaleur et un enfant ou une personne souffrant de pathologies ou très âgée, il y a un gouffre. Entre une personne ayant accès à de l’eau en suffisance, des zones d’ombre, de la végétation, des vêtements adaptés et autres et une personne n’ayant pas accès à ces facilités, il y a un autre gouffre.

Il faut également différencier le risque mortel « immédiat » (coup de chaleur par exemple) du risque de lésion à long terme, bien plus fréquent et dont on ne se préoccupe pas vraiment assez.

Aujourd’hui, le principe est de dire qu’à un certain seuil, le mélange de chaleur et d’humidité rend la température insupportable pour l’humain, mortel en quelques heures. En France, on utilise le plus souvent le « thermomètre mouillé » comme indicateur de référence. Le thermomètre mouillé (ou Psychomètre), est un double thermomètre dont l’un des capteurs est recouvert d'un fin tissu mouillé que l’on ventile pour faire évaporer l'eau. Cela permet de connaître la température de l’air ambiant et la température de l’air corrélée à l’humidité dite « température de bulbe humide », exprimée en Tw. Plus la saturation d’humidité dans l’air est importante, plus l’évaporation de la transpiration est difficile. Donc le corps peine à se rafraichir. La théorie actuelle estime qu’au-delà de 30Tw, le corps commence à être en détresse de thermorégulation et qu’au-delà de 35°Tw, le risque mortel est immédiat. (Voir ici un tableau complet de « température humide » selon le bulbe mouillé : https://www.thermexcel.com/french/tables/th.htm )

Pour exemple, avec 34°C de température ambiante et 80% d’humidité relative, nous avons 30,9 Tw. Donc au-dessus de la zone de risque


Je précise avant de poursuivre, pour enlever toute ambiguïté sur le fait que nous devons faire des efforts, OUI, les températures importantes, et les températures à fortes humidités sont bien dangereuses pour les humains -et de nombreuses autres espèces-, et qu’il faut s’en prémunir. Mais nous devons aussi faire attention aux chiffres et aux surfocalisations. En premier lieu, car la plupart des données énoncées sont théoriques, calculées sur diverses connaissances physiologiques et des études réalisées sur des temps courts, à des conditions bien entendues non mortelles. Ouf : aucune étude moderne n’a bien poussé des humains jusqu’à la mort pour évaluer nos compétences en thermorégulation. Les données sont donc extrapolées d’après des données limitées pour estimer ce qui se passerait en cas d’expositions prolongées ou de Tw plus élevé, et souvent basées sur des protocoles anciens. L’un des papiers de référence de Vecellio and Al. de 2022 (https://doi.org/10.1152/japplphysiol.00738.2021) est basé sur des données prélevées par Wolf and Al en 1985.



Dans nos études Deep Climate réalisées entre décembre 2022 et juin 2023, nous avons pu étudier un groupe humain d’explorateur novice vivant habituellement en milieu tempéré, parti dans 3 milieux extrêmes et exposé à des conditions climatiques dépassant souvent les « normes raisonnables » sur des périodes longues de plus de 30 jours continus. Nous observerons également des autochtones acclimatés depuis des générations à certaines conditions de températures et d’humidité élevées. Nos analyses ne sont pas encore terminées, mais nous pouvons déjà affirmer quelques notions qui me paraissent importantes.

La première est qu’une personne en bonne santé et qui respecte les gestes comportementaux adaptés aux conditions et qui a accès aux minimums requis en matière d’eau et de protection peut vivre bien au-delà des conditions de 35Tw. Il est donc nécessaire de faire attention lors d’affirmation anxiogène sur ces sujets.

Le respect des gestes comportementaux adaptés est cependant fondamental (voir article No 5 à venir) autant que la coopération pour aider les personnes plus fragiles ou moins capables de ressentir les effets de la déshydratation, comme les petits enfants ou les personnes âgées ou souffrant de pathologie.

La seconde est que cela représente au début de l’exposition, durant environ les 10 premiers jours, un effort important pour le corps et le cerveau, qui luttent pour se stabiliser. Cet effort n’est pas anodin et implique une fatigue générale qui implique une réduction de l’effort quotidien.

Enfant, que si l’exposition à de forts taux d’humidité est à risque, les effets d’une très faible humidité ne sont pas assez pris en compte. Il paraît cependant qu’il est également très impactant pour notre physiologie en raison d’un manque d’hydratation des zones de contacts, provoquant entre autres des lésions ophtalmologiques ou cutanées.

En réalité, à ce jour, nous manquons encore cruellement de données adaptées pour comprendre les réels impacts de la chaleur et de l’humidité sur l’humain lors d’exposition réelle, prolongée et selon les facteurs de risques et de protection (nous allons poursuivre nos travaux en ce sens dans les années à venir).


Aussi considérons 2 notions importantes :

1) Évitons les annonces anxiogènes basées sur des données trop parcellaires, mais continuons d’expliquer les risques liés à la chaleur et surtout ceux qui sont moins « évident » et qui fatigues les organismes à long terme, réduisant d’autant l’espérance de vie et augmentant les risques de pathologiques.

2) rappelons sans relâche qu’au-delà du risque mortel, les fortes chaleurs provoquent d’immenses stress à nos organismes, mais aussi aux risques de sécheresse, sans oublier que d’autres espèces souffrent encore bien plus que nous : agir par tous les moyens pour réduire les risques de fortes chaleurs est donc une absolue nécessité.


A suivre :

3) Est-ce qu’il fait vraiment plus chaud ? (spoiler, oui…) Et ce qu’il fera plus chaud encore ?

4) Les risques liés à la chaleur, symptômes et points d’attention

5) Comment se protéger du chaud

Photo : Lucas Santucci

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