• Christian Clot

Le "réengagement moral"


Lac Kivu au Rwanda. Après les sombres nuages, la lumière. Le Rwanda a connu les deux

8 mai. Jour de l’Armistice d’une période terrible pour la France, l’Europe, le monde. Jour d’une libération d’années de peurs, de confusions et d’enfermements des idées. Après 6 ans de guerre, le monde a besoin de vie, mais les esprits se sont habitués à la peur et au repli sur soi.

Il faut du rêve et de l’espoir, il faut tourner à nouveau les regards vers les horizons du futur plutôt que la grisaille des pavés.

Vincent Auriol, Président de l'Assemblée constituante de reconstruction (octobre 1945) puis Président de la nouvelle IVe république en 1947 le comprend bien. Il prône alors le « réarmement moral » et finance largement des grands projets, dont plusieurs expéditions d’exploration qui donne une nouvelle vision : nous pouvons nous battre, non les uns contre les autres, mais pour des idées, pour des espoirs, pour fixer des buts qui nous transcendent plutôt que de destruction. Dès 1946, il fait financer des expéditions, soutenues par les sociétés savantes et d’explorations, qui partent dans le monde entier pour en raconter les merveilles et montrer des exploits éloignés des fusils. L’Annapurna en 1950, « premier 8000 », en sera l’exemple le plus marquant.


Aujourd’hui, nous ne sommes pas en guerre. Mais nous sommes en lutte. Après la crise sanitaire, les crises économiques et sociales pourraient s’annoncer plus violentes encore. Comment combattre, alors que nos esprits se sont confinés plus surement que nos corps dans un enfermement mental de replis. Alors que près de 40% de la population, dont une forte proportion de jeunes, craint de sortir le 11 mai. Alors que la confiance s’est étiolée dans les vents du doute et de l’incompréhension. Nous avons en partie perdu le sens de l’horizon. Un horizon, des projets communs, dont nous avons pourtant terriblement besoin pour œuvrer aux bases du monde de demain.

Alors, en ce 8 mai 2020, je prône le « réengagement moral ». Nous devons quitter la peur pour la lumière. Retrouver l’envie d’agir, chacune, chacun, à nos niveaux, pour reconstruire une société de solidarité plutôt que de rejet. Prendre en main nos responsabilités, à nos échelles respectives, afin d'agir au mieux du possible pour réduire nos impacts. Prendre le temps de rêver, de croire, d’espérer qu’un futur est possible, d’en imaginer les chemins… et se mettre concrètement en route. Pas pour atteindre dès demain cet idéal. Mais pour en faire le premier pas. Ce premier pas tellement important qui fait défaut à tant de projets, tant de belles idées qui restent, perdues, au rang des intentions. Ce premier pas qui donne l’allant pour entamer le suivant, nous faisant passer définitivement des « il faudrait » ou « ils n’ont qu’à » au « je vais ! ». Je vais…

La seule promesse d’un rebond de l’économie, la projection d’une vie maintenue en demi-teinte, engagent les esprits à maintenir, pas à créer ni à construire. Nous avons besoin d’exemples, de grands projets -riches de visions positives à long terme-, qui se mettent en œuvre concrètement pour ouvrir les esprits. Les mots créent les idées. Mais les actions forgent les possibles. Ce sont ces exemples que doit prôner aujourd’hui ce « réengagement moral » qu’il faut soutenir intellectuellement et financièrement.

Que ce 8 mai, 75 ans après le début de la plus longue période sans crise systémique mondiale, préside à créer la plus longue période de stabilité écologique et sociale où chacune, chacun, à un rôle à jouer.



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