• Christian Clot

Rwanda, 25 ans après : un exemple d’adaptation et d’espoir




C’est le pays qui est en tête du classement mondial des femmes en politique (61% de femmes à la chambre des députés). Il est l’un des premiers pays au monde à avoir interdit les sacs plastiques et les emballages inutiles en 2004. Pour protéger la plus vaste forêt tropicale de haute altitude, Nyungwe, les autorités ont créé une forêt tampon afin que les populations puissent poursuivre leurs pratiques coutumières, et les braconniers ont été formés comme gardien du parc. Sur le lac Kivu, la pêche a été réintroduite avec des voiliers en bois nécessitant plusieurs personnes pour les manœuvres, évitant la surpêche tout en offrant du travail. Une intelligence écologique et politique rare pour un pays devenu champion du monde de la protection de la nature.

Pourtant, il y a 25 ans, ce pays subissait l’un des plus grands génocides de l’histoire. Le Rwanda.





Alors qu’à débuté hier les 100 jours de commémoration de ce terrible évènement, je pense à ce pays que j’ai parcouru de long en large, à pied, depuis plusieurs années. Il me fascine. Je sais combien, en France, son président, Paul Kagamé, est décrié. Que notre histoire commune est entachée de trop de zones d’ombres. Mais les résultats comptent peut-être plus que les idées ou les vieilles rancœurs. Et les résultats dans le pays des mille collines sont là.






J’ai adoré écouter ce groupe de tambourineuse qui mélange Hutus, Tutsis et Twas en clamant que les différences n’existent pas ; participé, comme le doit chaque citoyen(e), aux discussions et travaux collectifs de chaque premier vendredi du mois ; admiré des paysages splendides, qui se repeuplent de nature, libre de déchet ; discuté avec des marchandes du bord de route fière d’avoir fait partie des tribunaux gacaca et d’avoir aujourd’hui un travail qui leur assure leur autonomie personnelle.

Les mémoriaux qui jalonnent les routes et les villes permettant une mémoire collective toujours poignante, mais constructive. Ne pas cacher, ne pas oublier, pour ne pas reproduire. Tel est le message. Qui n’a pas vu celui de Kigali ne peut vraiment se rendre compte du drame, autant que de la volonté de tout faire pour construire un futur commun.






Car bien entendu, tout n’est pas parfait. Certaines factions couvent. Les anciennes rivalités n’ont pas toutes disparu. Il n’est qu’à voir le voisin Burundi, qui a subi la même histoire, le même génocide, sans parvenir encore à dépasser les clivages et qui explose régulièrement de rivalité meurtrière. Une forme d’éradication ethnique s’y déroule en ce moment même, sous les yeux fermés des observateurs internationaux. Ce grand écart entre deux pays frères à l’histoire commune montre mieux que les mots les progrès du Rwanda, qui aime à se définir comme le Singapour africain. Et lorsque l’on surf en 5G dans un café de Kigali, en regardant l’influence que le plus pays d’Afrique est en train de prendre sur l’ensemble du continent, on peut se dire que la marche n’est plus si haute.

C’est à la communauté internationale de faire maintenant le pas suivant, en reconnaissant et soutenant ces progrès, en donnant une chance à ce rayonnement positif qui œuvre pour une autonomie réelle des pays africains. Parce que s’en détourner, c’est prendre le risque que les vieilles rancœurs intestines refassent surface.

Je salue pour cela l’ouverture de toutes les archives françaises, même classées défenses, à un groupe de chercheur. La mémoire pour construire l’avenir. Parce que nous en avons besoin.



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