Une parenthèse en Birmanie

Cette nuit encore, les Birmans sont descendus silencieusement dans la rue, poing levé, pour montrer qu’ils voulaient la paix.


Que j’ai aimé le Myanmar (Birmanie). Ses populations, paysages, Bagan, une impression d'apaisement… Une parenthèse de quelques semaines pour moi entre deux expéditions en milieu extrême, au cœur d’une parenthèse de six ans pour les Birmans. Six ans de 2015 à 2021 pendant lesquels les Birmans ont cru d’espoir.

Des élections de 2015 aux élections de 2020, un vent de liberté, de possibilités, a soufflé sur le pays, après plus de cinq décennies de dictature militaire. La LND (Ligue nationale pour la démocratie) d'Aung San Suu Kyi a largement dominé les élections de 2015. Liesse. Mais pour que les élections existent, la concession avait été forte : armée et police restaient prérogative des militaires, sans aucun droit de regard par la LND. Manœuvre. Pendant qu’ils massacraient les Rohingyas, nous massacrions l’image de Suu Kyi, celle qui avait lutté pacifiquement durant deux décennies. Elle perdait le soutien

international. En 2020, le peuple empli de rêve menait la LND encore plus nettement à la victoire. Le signe pour la junte : le 1er février 2021, l’armée s’emparait à nouveau du pays, l’enfermant une fois de plus dans une chape de silence et de violence. Les cadres de la LND sont arrêtés. Ce pays aux 82 ethnies est une fois de plus sous le joug d’une répression terrible. Sans espoir cette fois. Suu Kuy, plusieurs fois condamnées pour diverses aberrations (dont violation de secrets d’État, fraude électorale) par la junte ne bénéficie plus les faveurs de l’occident. Un occident qui s’est soulevé (à raison) pour les Rohingyas, et qui ferme maintenant les yeux pour ne pas voir les milliers de morts, la centaine de milliers de déplacés et le droit des femmes déchiré.

Un espoir pourtant : Une nouvelle femme Thinzar Shunlei Yi (recherchée par la junte) s'est levée en 2021 pour symboliser la résistance. A nous de la soutenir, de parler d'elle, de lui donner le pouvoir d'exister pour que la junte ne puisse pas simplement s'en débarrasser. Thinzar Shunlei Yi. Un nom à diffuer. Partout...

Cette nuit encore, les Birmans sont descendus silencieusement dans la rue, poing levé, pour montrer qu’ils voulaient la paix. Le son des balles leur a répondu. Ici, personne ne les a entendu.


(J’ai voyagé en Birmanie dans le cadre du travail sur les Voix de la liberté de Mélusine Mallender en 2015. Thinzar Shunlei Yi a publié Mon combat contre la junte birmane, autobiographie écrite avec le journaliste Guillaume Pajot, chez Robert Laffont)




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